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 CHAQUE TOILE EST UNE  AVENTURE ...

Dimanche 20 avril 2008
Oui je sais elle est un peu moche mon araignée.
C'était juste pour vous dire que l'expo LOUISE BOURGEOIS à Beaubourg est un détour mérité et qu'il ne faut surtout pas hésiter à s'y déplacer.
Bizarrement j'ai plutôt aimé ses dessins (dans la galerie du dessous). J'y allais pourtant pour ses araignées, géantes, vertugineuses, obsédentes. Mais il faut reconnaitre que la surprise n'y était plus et que donc l'effet a fait un petit flop sur moi.
Bien sûr son oeuvre est magnifique, et ses cellules très intéressantes. Plus esthétiques d'ailleurs que je l'avais pensé. Les vieilles portes, les vitres brisées, l'anatomie du détail pousse notre position de voyeur jusqu'à l'extréme limite.
Enfin c'est rare de voir un travail aussi féminin dans l'art en général et même dans l'art contemporain. Elle touche à l'essence même de la féminité, au parfum de la sensibilité, aux recoins de la peau, à l'ambiguïté entre l'amour et la douleur. Sacrée bonne femme cette Louise Bourgeois, vieille femme plissée à l'oeil toujours pétillant.
N'hésitez pas donc, et au passage l'expo Babylone au Louvre est très chouette aussi...Mes vacances sont finies mais pour certains elles commencent... alors profitez bien c'est toujours trop court !!!
Je vais laver mes pinceaux, demain j'ai école...Fini les nuits blanches pour un petit moment...
par drine publié dans : textes longs communauté : PEINTURES PASSION
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Lundi 31 mars 2008

Pourquoi s'obstiner ? Jour après jour. Quel espace me faut-il combler, quel désespoir, quel bonheur, quelles inquiétudes ? Qu’est ce qui fait qu’une envie, une frustration, un déséquilibre passager, se transforment systématiquement en un irréversible besoin de peindre ? Je ne parle pas de dessiner, d’élaborer, de fixer sur papier le temps T d’une réalité fugace. Je ne parle pas davantage d’un pseudo désir artistico social de reconnaissance. Non, depuis toujours il ne s’agit que d’une chose : PEINDRE. De cette pulsion de peinture.

Ça se passe le soir, quand je rentre chez moi.

Sitôt passé le pas de la porte l’odeur de papier humide et de colle vinylique me tartine les narines. Les papiers tous accumulés, répertoriés, classés, appellent l’exécution rapide de la déchirure.

Il reste souvent une toile sur le « bûcher », prête au sacrifice. Encore blanche elle me regarde, attendant une fin toute proche.

C’est alors le temps de la découverte, de la réflexion, du silence.

Nous nous tournons autour, flairant le moindre défaut à la surface. L’instant est fugace au cours duquel une ombre se transforme en corps humain, en grotte, en paysage.

L’homme de la préhistoire, j’en suis sûre, devait peindre de cette façon. Le support fait naître l’idée puis la ligne puis le contour. La bosse sur la roche fait naître le trait, puis l’ovale, puis le ventre, puis le bison, puis le troupeau de bison…

 C’est juste à ça que sert le dessin, juste à ça : délimiter un territoire. A compter de ce moment il existera une frontière, une lisière : ce qui est dedans et ce qui est dehors. Ce qui est forme et ce qui est fond. Tout tournera autour de ça.Selon le secteur investi par le dessin, une composition plus complète sera nécessaire. Le personnage devra s’entourer de lignes, de structures, de charpentes pour ne pas tomber tout en bas.

Une fois attaché, ligoté dans un réseau de fils, telle une mouche dans la toile d’une araignée, la trame est posée, le dessin est fini : place au CARNAGE !!!

Je n’ai pas une paroi rochJeuse à ma disposition, comme l’homme de Lascaux  donc j’en crée une.

Des papiers mouillés, de la colle, la surface prend corps.Les couches se superposent, les textures se mêlent. Du froissé, du transparent, du fin, du épais, du plié, du strié.
La toile est prête lorsqu ‘elle a l’aspect d’un vieux jean usé.
Fractures, rugosités, coutures, les reliefs s’amoncèlent, le support est peu à peu parcouru d’irrigations, de pliures, dont mes doigts guident la direction. Au réseau de lignes succède un réseau de reliefs, la surface s’anime, son pouls commence à battre, elle prend corps.À ce moment là il n’y a déjà plus ni toile, ni colle, ni papier. La matière visqueuse se façonne telle une peau. Seul compte le plaisir de la matière et la peinture qui va prendre vie.

Le plus dur après cette excitation là, ce début plein de promesses, c’est qu’il faut arrêter. C’est très dur, de s’arrêter. Regarder le résultat du collage ne sert à rien. La colle blanche que j’utilise cache les ridules. Le papier est mouillé, transparent, brillant. Le dessin, dessous, est caché. La toile, à ce moment là est un champ de bataille. Je fini donc par laisser mon « œuvre » là, sur le sol, agonisant, et pourtant en devenir. Rien ne peut plus être fait : juste dormir, mais c’est difficile.

Je lave mes mains, toutes collantes. Je lave les traces sur mes mains. Je tente de ranger. Je tente de me coucher sans penser au crime que je viens de commettre.

Au moins deux jours passent. La colle sèche doucement. La surface se tend peu à peu. Elle devient rigide et presque satinée. Je passe parfois un coup de séchoir pour accélérer le processus. J’aime bien ça. Le contact des doigts sur lpapier, à chaud, ajoute une sorte de patine. Révélant une stratigraphie en partie volontaire, en partie hasardeuse. Je m’émerveille toujours de l’imprévu, de ce qu’une superposition entre deux épaisseurs peut donner. C’est une sorte d’alchimie, de danse sensuelle qui permet la naissance d’un terrain.

Un terrain, oui, un territoire. La toile sèche c’est ça. Un terrain de jeu ouvert à de multiples possibilités. Lorsque tout a séché, lorsque l’eau a fini son œuvre et s’est définitivement envolée alors je touche, je frôle, je scrute, j’examine. Rituel magique, dialogue ésotérique, je cherche.


C’est ensuite qu’à lieu le « miracle » de l’encre. Sur toute la surface je verse la couleur. Une seule couleur. Elle s’insinue dans les moindres méandres du papier.Les creux, les ridules, et l’eau, permettront une infinité de nuances, de transparences. Le passage à l’encre c’est un moment binaire pour moi : le chaud ou le froid. J’applique du « Fauve sanguine », ou du « bleu-vert turquoise  ». Il n’y a pas d’alternatives.
Après ça viens encore le temps du séchage. Encore une fois, le silence, l’observation. Les réactions de la couleur, au contact du papier, délimitent les territoires du hasard. À ce stade j’ai donc dessiné, puis collé des papiers sur le dessin, puis recouvert les papiers d’encre.

Nous en sommes déjà à 3 couches et la peinture proprement dite n’a pas commencée !!!

Parfois elle commence le lendemain. Parfois ça prend des mois.
Mais quand je prends enfin le pinceau et l’acrylique les moments qui suivent sont des moments d’intense émotion. C’est un plaisir immense de voir, peu à peu,les irrégularités de la surface, une image en train de naître.
Un petit pinceau d’abord, et la première chose que je peins est toujours un visage. Plus précisément les yeux d’un visage. Je commence toujours par ce minuscule détail là. Car il donne vie à tout le reste. Puis le regard s’entoure d’un corps, puis le corps s’entoure d’un paysage, puis le paysage se fragmente de détails et de végétation.

L’image se construit elle aussi comme un collage. Elle se compose d’éléments anodins que je récolte au cours de mes lectures ou de mes voyages. Les magasines me servent beaucoup surtout « Elle » et «  National Géographic ». Les plus belles photos de femmes, de paysages et d’animaux sont là. Quand la structure de l’image générale est trouvée il y a souvent un moment durant lequel je laisse un peu reposer la toile.
Enfin, et c’est la dernière « couche », (la cinquième), j’ajoute ce qui me permet de faire « scintiller «  la surface.
Je choisi des détails dans le dessin, des papiers à motifs, et j’essais de lier les d eux. Il ne s’agit pas là de provoquer des reliefs, comme cela était le cas avec la couche préparatoire. Il s’agit plutôt de rendre certains endroits plus précieux. Comme des bijoux qui animeraient la surface. Là je n’utilise plus des papiers unies mais des papiers à motifs que je collectionne. J’achète peu de papier, je récupère beaucoup d’emballages.

 Normalement lorsque toutes ses étapes se sont bien déroulées, la toile est terminée. Mais parfois, je laisse tout en plan, et je termine des mois plus tard…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par drine publié dans : textes longs communauté : PEINTURES PASSION
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